Thème 1, c’est le dernier article de l’histoire d’Israël, il en manque encore entre temps (2e 3e Isaie surtout), non traduit.
L’exégète et grand spécialiste de Qumran J.Bernard a beaucoup contribué à comprendre l’existence de deux grandes tendances (pour simplifier) dans l’attente messianique au temps de Jésus. Cet article, très schématique, nous résume la situation :
Pour le courant « officiel », Dieu ne crée pas à partir de rien, mais à partir du tohu bohu, le chaos ; Il crée l’homme avec l’esprit mauvais et l’esprit bon. Le verset du Siracide, (Si 15,14) est traduit : l’homme est dans la main de son conseil. Ainsi, l’Esprit Saint est dans le peuple et dans la majorité du sanhédrin. Il n’y a plus besoin de prophètes et les miracles, même si on reconnaît leur existence, ne sont pas importants, car tout est donné dans la Torah.
Puisque Dieu a donné sa Torah à Israël, Rien ne peut vraiment le séparer de Dieu. Si Israël pèche, il a le pardon dans le Temple où Dieu maintient sa Shekinah, sa présence. La Shekinah ne quitte pas Israël et celui-ci a tout ce qu’il faut pour interpréter la Torah. La Torah étant complète, immuable, donnée toute entière à Moïse au Sinaï, le salut vient de sa pratique. Les patriarches ? l’ont pratiquée. On n’attend pas d’autre messie, qu’un messie collectif qui sera Israël réunissant tous les peuples autour de la Torah.
Pour les courants « ouvert » = apocalyptique, ouvert à une révélation du Ciel
Dieu crée à partir de rien. Le mal, la souffrance et la mort viennent du péché, un péché qui dépasse Israël et tous les hommes, un péché « originel » « mémorial » Le verset du Siracide Si 15,14 est traduit : « l’homme est dans la main du mauvais ». Seul Dieu peut guérir cette blessure, peut vaincre ce Mal (la Torah et le Temple ne suffisent pas). On attend qu’Il vienne ! Les prophètes sont valorisés, ainsi que les voix célestes et les miracles qui confirment les prophètes
Dans la relation entre Dieu et les hommes, qui est une relation d’Amour, quand l’homme pèche, Dieu ne s’impose pas à celui qui le refuse et il se retire, on dit alors que le temple et la Torah sont voilés, ils sont « au Ciel ». On attend donc le dévoilement du pardon (le temple céleste) et de la Torah. Le salut ne peut venir que de l’ouverture du Ciel. (Par respect pour Dieu, les Juifs ne parlent jamais de l’intervention de Dieu mais de l’ouverture du Ciel).
On attend un rédempteur personnel : on s’appuie sur la prophétie du Deutéronome : « Je leur susciterai un prophète semblable à toi [= à Moїse].» (Dt 18,18) et on attend un messie prêtre et un messie prophète. A Qumran, le maître de justice annonce Elie-Pinhas confondus sous le nom de messie d’Aaron qui viendra introduire le messie d’Israël, le messie davidique.
Telles sont les deux grandes tendances théologiques et spirituelles au temps de Jésus.
La venue de Jésus, dès lors qu’il est le messie attendu et le Fils de Dieu incarné, sera alors comprise comme l’acte de miséricorde de Dieu, son grand pardon, la guérison de la mort comme « divorce » entre Dieu et les hommes. L’Incarnation est une miséricorde, c’est la réconciliation des hommes avec Dieu.
Mais la blessure dans le cœur des hommes demeure puisqu’ils continuent de pécher, et la mort est toujours là ! Il faut donc passer par le baptême comme passage par la croix. Ceci jusqu’au retour glorieux du Christ ; alors, « nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est ».(1 Jn 3,2)
Marie se situe dans la tendance du judaïsme que J.Bernard nomme « courant ouvert apocalyptique = ouvert à une révélation venant du Ciel » : Marie accueille un ange, une parole venue du Ciel, elle adhère à l’annonce de la naissance d’un messie personnel, elle croit au miracle qui confirme cette parole (Elisabeth malgré son âge attend un enfant, et Marie elle-même concevra dans la virginité).
Le saint Père, sans entrer dans les détails de l’attente messianique, semble aller en ce sens et il en tire une conséquence sur la coopération de Marie au Christ Rédempteur :
« Ce fait fondamental d'être la Mère du Fils de Dieu est, depuis le début, une ouverture totale à la personne du Christ, à toute son œuvre, à toute sa mission. Les mots "Je suis la servante du Seigneur" témoignent de cette ouverture d'esprit de Marie, qui unit en elle de façon parfaite l'amour propre à la virginité et l'amour caractéristique de la maternité, réunis et pour ainsi dire fusionnés. C'est pourquoi non seulement Marie est devenue la mère du Fils de l'homme, celle qui l'a nourri, mais elle a été aussi "généreusement associée, à un titre absolument unique" (Lumen Gentium 61) au Messie, au Rédempteur.»[1]
Nous voyons mieux que le mystère de l’Incarnation a en lui-même une portée rédemptrice, il constitue une réconciliation des hommes avec Dieu, réconciliation où le Fils de Dieu nous aimera jusqu’à la fin (Jn 13,1).
Marie coopère à cette Rédemption par sa foi en tant que sa foi se situe dans les « courants ouverts » de l’attente messianique. Cette ouverture totale à la personne du Christ est un amour vierge car il attend le salut d’une ouverture du Ciel, c’est à dire d’un don de Dieu. Que la foi d’un être humain puisse coopérer à Dieu, cela se comprend justement très bien dans la perspective du courant « ouvert » où Dieu est sensible à l’accueil et à l’adhésion humaine, capables de l’attirer.
La coopération de Marie à l’œuvre rédemptrice du Fils de Dieu qui s’incarne est une coopération tout à fait unique car elle seule est Vierge et mère d’une manière charnelle et spirituelle tout à fait sublime.
Bibliographie :
J. BERNARD, Torah et culte chez les Rabbins, confessions divergentes, dans Mélanges de science Religieuse, Lille, Janvier-mars 1997 pp. 38-71
J. BERNARD, Le péché originel, une invention de saint Paul ? Revue Ensemble n° 2, juin 1994, p. 91-106
Pour aller plus loin vous pouvez consulter le site de l’IFAC : http://ifac.france@9online.fr
L’Institut Foi Art et Catéchèse (IFAC). 60 Bd Vauban, 59800 Lille fondée par le père J. Bernard est un parcours catéchétique à partir d’audiovisuels artistiques qui suit l’histoire du salut (exégèse biblique, théologie systématique et morale).
Catherine LE PELTIER,
Formatrice à l’Institut Foi Art et Catéchèse (IFAC). 60 Bd Vauban, 59800 Lille
[1] Pape Jean Paul II, Lettre encyclique Redemptoris Mater n° 39